Le goût, une histoire d’éducation

BF refuse de manger ce qu’on prépare : les clés pour comprendre que le goût s’éduque, à la maison comme à l’école.

Le goût, une histoire d’éducation

publié le 17 juin 2013 par Fanny Pradier
C’est une situation récurrente. Les petits (et les moins petits) font bien souvent la tête quand le repas ne leur convient pas. C’est quelque chose d’inconnu ? C’est vert ? Ca ne sent pas bon ? Alors hors de question de toucher! Ou alors en faisant bien la grimace. Quels rapports les enfants entretiennent-ils avec la nourriture ? Comment ce rapport évolue-t-il ? Voici quelques clés pour prendre un peu de recul.

Un désintérêt généralisé pour la variété des aliments

Il n’y a pas que notre BF qui fait des histoires. Une étude de l’ASEF réalisée en milieu scolaire en 2013 a démontré que les jeunes enfants n’ont, pour un grand nombre d’entre eux, pas conscience de la grande variété des aliments qu’ils côtoient. 910 élèves de la région PACA ont été interrogés : 30 % d’entre eux n’a pas su dire à quoi ressemble un poireau ou une courgette, et près de 9 enfants sur 10 n’ont pas su identifier une betterave. Une grande majorité des écoliers ignore de quoi sont faites les pâtes, 1 sur 4 ne sait pas quel est l’ingrédient principal d’un yahourt. L’ASEF note que de nombreux enfants boivent autre chose que de l’eau au moment du repas (comme des sodas) et ont tendance à rajouter du sel ou de la sauce.

Tout cela n’est donc pas très rassurant. Ces résultats montrent donc qu’une grande partie des jeunes enfants se désintéressent purement et simplement du changement dans leur alimentation. Ces enfants mangent ce qu’ils connaissent : des produits sucrés, salés, et majoritairement manufacturés.

Des sensations différentes face aux aliments

Autre précision : nous sommes tous différents face à la nourriture. Mettez deux personnes face à un plat de purée de pomme de terre, chacune d’entre elle n’aura pas les mêmes sensations face à cette purée après l’avoir goûtée. On peut aimer le même aliment, mais pas pour les mêmes raisons.

De plus notre langue n’est pas seulement capable de sentir le sucré, le salé, l’amer et l’acide : elle peut sentir des dizaines de nuances de goûts. Nous avons tous le même organe pour manger et goûter (la bouche), mais biologiquement nos cellules de la langue ont leur propre identité. Il existe des expériences où des personnes sont invitées à goûter un verre d’eau contenant une cuillerée de sucre : pour les uns c’est très sucré, pour les autres ça l’est à peine, pour certains ça n’a pas de goût, pour d’autres ça a un goût… qui n’est pas sucré, mais amer ou acide !

Bref, on a tous une expérience unique de l’aliment, que ce soit un plat complexe préparé dans un restaurant classé au guide Michelin ou un verre d’eau.

Pourquoi un jeune enfant refuse d’essayer ?

“Mais goûte, au moins, avant de dire que tu n’aimes pas !” s’étranglent les belles-mères au-dessus du plat de brocolis. Ce qui fait perdre patience, c’est quand l’enfant, alors qu’il n’a pas la moindre idée de ce qu’il a dans son assiette, décide d’ostraciser le brocoli de son alimentation, sans la moindre once de tolérance (ni pour le brocoli, ni pour le cuisinier de service qui l’aura préparé).

Un enfant mange ce qu’il aime, et il aime ce qu’il connaît. Aussi, pour agrandir le spectre des choses qu’il aime, il fait agrandir sa connaissances des aliments. Il faut donc faire connaissance, petit à petit, avec ces aliments “exotiques”.

L’importance d’une éducation au goût entre l’école et la maison

Une autre expérience a été menée par l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) : les enfants qui y ont pris part ont reçu une éducation sensorielle, ont appris à goûter différemment un plus grand nombre d’aliments et à mettre des noms sur leurs sensations. L’effet fut immédiat : les enfants concernés ont dépassé la réponse lapidaire “J’aime” ou “J’aime pas”, ils savent aussi dire pourquoi. Que ce soit à la cantine ou chez eux, ils ont ensuite tendance à goûter plus de choses, et à utiliser un vocabulaire plus varié pour décrire ce qu’ils mangent.

Durant ces expériences le point de vue des parents a aussi été recueilli. Qu’ont-ils pensé de ce que leurs enfants ont appris ? Ont-ils constaté qu’ils goûtent plus de choses à la maison ? S’expriment-ils différemment sur ce qu’ils mangent ?

Il faut donc assurer le relais entre l’école et la maison. Certains enfants seront plus aventureux quand ils ne sont pas chez eux (et profiteront plus de l’expérience à l’école), mais il faut arriver à faire en sorte que la curiosité de l’enfant et l’envie de goûter perdurent aussi chez lui.

L’émotion du goût

Il est des aliments qu’on aime plus que tout. Un adulte a déjà une plus grande expérience des aliments, et souvent ses goûts ont eu le temps de changer, d’évoluer au cours de sa vie. Ce qui fait qu’il a la chance d’aimer vraiment plusieurs aliments.

Un enfant n’a pas eu cette riche expérience. Quand il aime un aliment, il l’aime VRAIMENT ! Cet aliment est le meilleur du monde pour lui, il lui a attribué une forte émotion.

Faire participer l’enfant

Enfin, rien ne vaut mieux que l’idée de faire participer les enfants à la préparation du repas. Résultat : fragmentation des tâches, une plus grande efficacité, et en plus l’enfant aura plus de chances d’apprécier ce qu’il mange.

Sans compter qu’il se rendra aussi compte de l’effort que cela suppose de faire à manger pour tous. Et hop, deux bénéfices en une action !

crédits chimber /cc

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