La médiation familiale pour sortir du conflit

Qu’est-ce que la médiation ? Comment ça marche ? Y-a-t’on notre place en tant que beau-parent ?

La médiation familiale pour sortir du conflit

publié le 9 février 2012 par Laetitia Guizol
Au quotidien les beaux-parents sont fréquemment témoins, voire otages, de conflits familiaux. Quand les parents séparés n'arrivent pas à s'entendre, la situation est difficile à vivre pour tout le monde. Comment aider nos conjoints à sortir du conflit ? Nous avons suivi la piste de la médiation familiale. Qui sont les médiateurs familiaux, dans quels cas faire appel à eux et quel rôle peuvent-ils jouer ? Rencontre avec une professionnelle.

 

La médiation familiale

Marie-Odile Redouin est médiatrice familiale à la Maison de la Médiation, et administratrice à la fédération nationale de la médiation familiale (FENAMEF).

Qu’est-ce que la médiation familiale ?

Marie-Odile Redouin [MR] : En théorie, on la définit comme le processus de construction, voire reconstruction, du lien entre les membres d’une famille qui a une problématique de conflit. C’est à la fois un espace de parole et d’écoute, et le moyen de débloquer les conflits, rétablir le dialogue, trouver des solutions concrètes afin d’envisager l’avenir en se respectant.

A qui s’adresse la médiation familiale ?

[MR] : Ce processus concerne tout membre d’une famille rencontrant des conflits : un frère et une sœur, deux belles-sœurs, un grands-parent et son petit-enfant. Dès qu’un lien ne fonctionne pas dans une famille, la médiation familiale est appropriée.

Par ailleurs, nous rencontrons systématiquement les parents en instance de divorce ou souhaitant passer devant un juge aux affaires familiales (JAF). Cela découle du fait que toute convocation devant un juge amène à un devoir d’information préalable auprès d’une médiation familiale. Bien sûr, nous rencontrons aussi des couples non mariés désirant se faire aider par une médiation.

Quel est l’objectif du médiateur ?

[MR] : Le médiateur est là pour amener chaque partie en présence à dialoguer autour des points de discorde : l’argent, l’éducation, la religion, l’enfant, etc. À tout moment, les parents restent acteurs de leur rencontre et de leurs décisions. Le médiateur n’est donc pas là pour dire « faites ci, faites ça ». Il est en revanche là pour aider à communiquer, donner de la créativité pour raisonner autrement, soulever de nouvelles hypothèses, et révéler ce qu’il faut mettre en œuvre pour résoudre au mieux la situation. Il est aussi là pour amener chaque partie à se responsabiliser par rapport à un conflit, ce qui est en soi un exercice compliqué.

 En pratique, quelles sont les différentes étapes  de la médiation familiale ?

[MR] : Avant toute rencontre de médiation, il y a une séance d’information gratuite et individuelle. Elle permet à chacun de bien comprendre le principe et les étapes de la médiation. Si les médiés sont partants, la date de la première séance est fixée. Cependant, les trois quarts abandonnent à la séance d’information. Seulement 25% s’engagent dans un processus de discussion.

Ensuite, chaque séance se déroule en présence de deux médiateurs, pour une meilleure écoute. Une séance dure 1h30. Les médiés apportent leurs sujets de préoccupation, notés noir sur blanc. Afin de bien établir les faits, les attentes et les besoins de chacun, il est capital de parler. Ces constats établis, il est possible de voir  concrètement comment améliorer la situation de conflit.

Chaque séance se clôt par un bilan, les médiés décrètent alors ensemble si cela se poursuit ou si c’est terminé. Généralement, au bout d’un temps d’échange, ils ont tout simplement un déclic. Un terrain d’entente devient possible entre eux. La médiation est alors terminée. Il faut en moyenne trois séances pour arriver à ce dialogue constructif et trouver des solutions aux désaccords. Bien sûr, pas de règles absolues, cela peut prendre six séances comme une seule.

Et une fois sortis de la médiation ?

[MR] : Une fois l’entente trouvée, certains souhaitent un protocole d’accord écrit, voire homologué par le juge. Le protocole est ensuite présenté aux avocats, qui le mettent en forme.  Le juge produit alors un jugement qui en reprend les termes et valide à l’audience que tout le monde est bien d’accord sur son contenu.

En quoi la médiation complète positivement le jugement ?

[MR] : La médiation favorise les audiences car les éléments apportés au dossier en médiation et les solutions trouvées sont sur mesure, 100 % adaptées à la situation particulière de chaque famille. Certains couples non mariés abandonnent même le recours en justice, s’ils estiment que le terrain d’entente trouvé est satisfaisant. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle chaque jugement invite à un devoir d’information préalable auprès d’une médiation.

Combien ça coûte ?

[MR] : La première séance d’information est gratuite. Ensuite, chacun doit participer à la séance. Cette participation financière est fixée selon un barème des tarifs qui tient compte des revenus de chacun. A savoir : certaines antennes de médiation non conventionnée sont susceptibles de pratiquer des tarifs différents.

Où trouver un centre de médiation familiale ?

[MR] : Vous pouvez trouver un centre auprès de la FENAMEF. Ou bien trouver un centre auprès de l’APMF, l’Association pour la médiation familiale. Ces organismes vous dirigent vers des associations familiales conventionnées par le tribunal et les caisses d’allocations familiales, l’assurance d’un coût conventionné lui aussi.

 

Beaux-parents et médiation familiale

 

Dans quel cas entendez-vous le ou les beaux-parents ?

[MR] : Quand il y a une recomposition familiale, ce n’est jamais simple. Il y a alors souvent des conflits et des blocages qui impliquent le beau-parent. Dans le cadre d’une médiation entre deux parents, s’ils identifient chacun un blocage lié au beau-parent, alors nous proposons à ce dernier avec son accord de participer à la résolution de conflit, pour lui permettre d’entendre et d’exprimer son point de vue.

Un beau-parent peut-il saisir lui-même un médiateur familial ?

[MR] : Oui, un beau-parent peut tout à fait solliciter une médiation. Une première séance d’information est alors proposée. Quand le conflit concerne un beau-parent et le parent biologique, il est nécessaire que le (ou la)  conjoint(e) du beau-parent soit présent(e), car c’est la pièce maîtresse qui permet au beau-parent de trouver sa place, par rapport au bel-enfant, et par rapport au parent biologique.

N’est-il pas houleux d’organiser une rencontre entre beau-parent et parent biologique ?

[MR] : Ce n’est pas simple, mais les gens qui viennent sont là pour avancer et trouver une solution au conflit. Se rencontrer permet de savoir qui est l’autre, de sortir du fantasme et de l’imaginaire, d’apprendre à se respecter. Souvent le blocage vient d’une séparation encore mal vécue, où le parent biologique transfère sur le beau-parent ses peurs et ses incertitudes. Parcourir le passé ensemble est alors très important. L’écoute permet souvent de mieux accepter l’autre. C’est à ce dialogue qu’invite la médiation. Et nous encourageons  les familles recomposées qui cherchent une alternative au conflit à venir nous rencontrer.

 

Trouver et contacter la Maison de la Médiation

 

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