Gérer ses finances en famille recomposée

Comment sortir du conflit et des difficultés quand la gestion des finances devient infernale ?

Gérer ses finances en famille recomposée

publié le 20 février 2012 par Sabine Coulon
Qui dit famille recomposée dit problèmes d’argent. En tant que beau-parent, il n’est pas rare de se retrouver à participer, voire à largement prendre en charge, l’alimentation, l’habillement ou les loisirs de ses beaux-enfants. Une situtation parfois voulue, souvent subie, qui ne va pas sans accroc. Comment gérer ses finances en famille recomposée ? C’est ce que nous avons demandé à Lydie Sosson, conseillère en économie sociale et familiale au service social du 17ème arrondissement de Paris.

 

Précarité et gestion de finances communes

Il est rare que l’argent ne pose aucun problème. C’est le cas entre amis, en couple et en famille classique. C’est le cas aussi, à fortiori, en famille recomposée. Dans certains cas les désaccords portent sur la marge de confort, ou sur des questions de patrimoine. Mais pour beaucoup, la crise aidant, les ressources sont si restreintes que c’est sur à propos de dépenses de base que le conflit surgit. Dépenses de base, ou considérées comme telles par l’un des conjoint…. Derrière l’argent, ce sont aussi des questions de principe et de choix de couple et de vie de famille qui résident.

En quoi consiste le métier de conseiller en économie social et familiale ?

Lydie Sosson [LS] : Notre métier est d’aider les personnes en difficulté à sortir de l’impasse en les accompagnant avec par des solutions concrètes. Nous privilégions une approche pragmatique sur les aspects de la vie quotidienne tels que le budget, le logement, l’alimentation, la santé ou l’insertion sociale et professionnelle. Nous avons un rôle d’information, orientation, de prévention et d’action, et nous cherchons à rendre ces personnes les plus autonomes possibles en leur donnant les clés des solutions envisageables. Pour ma part j’exerce en polyvalence de secteur pour la ville de Paris.

Qui vous sollicite généralement ?

[LS] : La majorité des gens que je vois n’ont pas de patrimoine, et des budgets parfois très serrés. Je reçois essentiellement des mères. Il est très rare que je reçoive des pères. Bien souvent ces personnes ont été orientées suite à une difficulté comme un non-paiement de loyer, d’électricité, en situation de surendettement et parfois en complémentarité de l’intervention d’une Assistante Sociale. Les premiers rendez-vous ne sont jamais sollicités par des beaux-parents.

De quelles difficultés ces mères vous font-elles part ?

[LS] : Nous vivons dans une société de consommation qui encourage les enfants à vouloir acheter, avoir comme tout le monde, tel vêtement, telle marque, tel téléphone portable… Ces dépenses sont des nœuds de difficultés dans le budget familial

Remarquez-vous des particularités dans les familles recomposées ?

[LS] : Dans les familles recomposées la difficulté c’est que la famille inclut une tierce personne. Tierce personne qui doit s’inclure également dans un modèle familial. Ce qui pose souci, ce sont les habitudes qu’avaient le parent avant l’arrivée de son nouveau conjoint, et que ce dernier ne partage pas.

Certains types de dépenses posent-ils plus de problème au beau-parent ?

[LS] : Il est difficile pour le beau-parent d’admettre des habitudes de vie que la famille avait avant son arrivée. Pour certains postes de dépense, le beau-père estime anormal d’être sollicité car il ne se sent pas concerné. Globalement c’est le mode de dépense de leurs beaux-enfant que les beaux-pères que je vois ont du mal à accepter. Ils ont du mal à tolérer des dépenses qui leur semblent superflues : il peut s’agir de l’abonnement au téléphone portable, de l’achat d’une nouvelle paire de baskets par mois, ou même des frais d’inscription à une activité extra-scolaire. Les vacances sont aussi un fréquent sujet de tensions.

Pourquoi les vacances soulèvent-elles des problèmes ?

[LS] : Prenons l’exemple d’une mère avec 3 enfants. La mère et son conjoint ont tous les 2 le même niveau de revenu. La mère a 3 enfants a sa charge, le conjoint n’en a aucun. Si la mère n’a pas assez d’argent pour se payer les vacances pour elle et ses enfants, alors c’est simple, il n’y a pas de vacances. Si le beau-père dispose de ces moyens, qu’il est en mesure de payer pour la famille complète, y compris ses 3 beaux-enfants, c’est à lui de réfléchir et de faire un choix. Où sont ses priorités ? Participer aux dépenses familiales et partir en vacances ? Ou garder ses sous car en théorie il n’a pas la charge de ses beaux-enfants ? C’est une question de priorité. Du coup les vacances soulèvent des problèmes plus larges. Comment fonctionner en couple si on ne partage pas les charges familiales ? Et comment se faire accepter en tant que beau-parent si on se désolidarise complètement de leurs besoins en refusant de participer financièrement ? C’est l’occasion pour le beau-parent de réfléchir aux priorités en étant un peu terre à terre.

Quelle est votre approche pour travailler sur le budget familial ?

[LS] : Pour travailler sur le budget familial, je fais toujours en sorte de recevoir Madame et Monsieur, la mère et son conjoint, le beau-père, afin de comprendre comment chacun voit les choses. Car même si c’est souvent la mère qui tient le budget, le beau-père a aussi son mot à dire, et la présence d’un tiers aide à faciliter le dialogue. Attention nous ne sommes pas là pour faire de la médiation familiale, ce n’est pas notre rôle. Nous ne jugeons pas les modes de consommation. Nous essayons simplement de modérer les choses à partir d’un budget. Car il y a une réalité, des charges à payer.

Ensemble nous posons des ressources et évaluons les éventuels droits à faire valoir. Puis nous listons les charges pour ensuite envisager des priorités budgétaires. Il y a les dépenses de base, incompressibles, comme le loyer, l’électricité, l’alimentation… Mais aussi les dépenses de loisir pour les enfants. Et c’est souvent là que se posent les soucis. C’est pour cela que je pars toujours d’une grille budgétaire. Il s’agit d’un tableau qui liste les postes de dépense, leur rythme et les échéances à connaître. Ce type de grille permet de savoir de quelle marge budgétaire on dispose après paiement des charges prioritaires.

 

Conseils aux familles recomposées en difficulté de gestion

 

  1. Posez les choses clairement en listant 100% des entrées et des sorties. C’est le moment de mettre carte sur table, de communiquer en transparence et de prendre conscience du contexte financier de votre conjoint.
  2. Etablissez une grille budgétaire à l’aide de votre liste, en incluant les ressources et les charges, et en identifiant les postes de dépenses… Si nécessaire faites-en d’abord une pour chacun des adultes de votre couple, plus une commune. Cela peut être plus pratique quand il n’y a pas de compte commun, ou que les budgets sont bien séparés.
  3. Construisez un projet de vie commun. Logement, locomotion, emploi, projets de famille : où sont nos priorités ? Faites vos choix à la fois de priorités et de mise en commun. C’est le moment de décider ce que vous souhaitez partager.
  4. Sollicitez une tierce personne qui sera là pour vous écouter et vous aider à sortir des conflits et trouver un terrain d’entente. Par exemple les CESF. N’attendez pas pour cela d’être dans la plus grande difficulté. Il ne faut vraiment pas hésiter ni avoir honte d’aller voir un service social avant d’aggraver votre situation.
  5. Rendez-vous à votre mairie. C’est la mairie qui vous dira de quel service social vous dépendez. A Paris vous serez reçu par une première personne qui vous aiguillera après avoir évalué votre situation. Pour les questions budgétaires ce sont les CESF qui sont les mieux formés. La mairie peut aussi attribuer des aides dites « facultatives », mises en place par le conseil municipal. Renseignez-vous afin de savoir lesquelles pourraient vous concerner.
  6. La mairie ne vous est d’aucun secours ? Il n’est en effet pas toujours simple de trouver l’information utile et le bon contact qui la détient. Vous pouvez solliciter la CAF dont vous dépendez afin qu’elle vous oriente vers les services sociaux adéquats. Vérifiez si vous bénéficiez d’un accompagnement par le service social du personnel de votre employeur. N’hésitez pas, aussi, à demander conseil aux contacts que vous connaissez déjà, par exemple à l’école ou à la PMI, afin qu’ils vous dirigent vers le bon interlocuteur.

 

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